PONCE DENIS ÉCOUCHARD LEBRUN | Oeuvres (I, 13)

[ Imagen de cabecera: fachada de la iglesia de Santa Cruz (Cádiz), en cuya cripta fue enterrado el joven Jean Racine ]

El autor y la obra

La tentación era grande y paso a traducir aquí la segunda oda de Lebrun que dejé pendiente en un artículo anterior dedicado a las causas físicas de los terremotos, explicadas desde la perspectiva poética de este autor francés, con especial referencia a la muerte de su amigo Jean Racine. Ponce Denis Écouchard Lebrun (1729-1807) le insistió mucho a su compañero de juventud para que continuara ejercitándose y progresando en el difícil mundo de las letras y de la poesía, en busca del triunfo y del reconocimiento que habían alcanzado su abuelo, el dramaturgo Jean Racine, y su padre, el poeta Louis Racine. El joven Jean llevaba el nombre de su abuelo, y por el contenido de esta oda que le dedica su amigo Lebrun en el año en que partió para Cádiz, fue a todas luces su abuelo quien inspiró esta composición que, por su carga crítica, pretendía hacer cambiar de opinión a su nieto. El poema es un demoledor ataque contra la plutocracia y el ansia de muchos por amasar grandes fortunas, especialmente gracias al comercio con las Américas. La ilusión de Jean era cultivar la vid en la Isla de León y producir vino español con destino quizá al nuevo continente, según se puede deducir de esta durísima invectiva. Lebrun se muestra aquí como un enemigo más que como un amigo, en el último intento de hacer abortar sus planes. Pero Jean estaba realmente convencido y sin duda poco apoyado por sus familiares y amigos, aunque en ningún momento se menciona a su padre, que bien podría haber aceptado su decisión con mejor espíritu. Jean Racine murió ahogado en el camino entre Cádiz y la Isla de León, cumpliéndose los malos augurios de Lebrun al desatarse el 1 de noviembre de 1755 la “cólera de los infiernos” con el maremoto que asoló las riberas del Betis. Se cumplió así el castigo de Pluto por los crímenes de un joven francés veinteañero que marchó a Cádiz para intentar hacer fortuna cultivando las ubérrimas tierras de San Fernando.

Digitalización seleccionada

Esta digitalización fue realizada por la Biblioteca Nacional de Francia y está disponible en su portal digital Gallica. Se trata de la edición parisina de 1811, impresa por los herederos de Charles Crapelet (1762-1809).

À mon ami, le jeune Racine

Quoi ! Tu fuis les neuf sœurs pour l’aveugle Fortune !
Tu quittes l’amitié qui pleure en t’embrassant !
Tu cours aux bords lointains où Cadix voit Neptune
l’enrichir en la menaçant !

Sur les flots, où tu suis ta Déesse volage,
puissent de longs regrets ne point troubler ton cours !
Les Muses, l’amitié, ces délices du sage,
n’ont point d’infidèles retours.

Tón père nous guida tous deux sur le Parnasse :
nos jeunes pas erraient dans les mêmes sentiers :
nos jeunes sœurs, épris de Tibulle et d’Horace,
aspiraient aux mêmes lauriers.

Quel doux soleil nous vit, pleins de tendres alarmes,
pleurer avec Junie et Monime, tes sœurs !
Infidèle à ton nom, infidèle à tes larmes,
quel bien te vaudra ces douceurs ?

Je demeure ; et tu pars ! Comme un tilleul paisible
qui borne ses destins à de riants vallons,
quand le pin hasardeux fend la vague terrible,
et s’abandonne aux aquilons.

Ô combien ton aïeul frémit au sombre empire
de voir qu’impatient des trésors du Bætis,
son fils, son doux espoir, sur un frêle navire,
se livre aux fureurs de Thétis !

Malheur à qui des mers franchit la borne antique,
pour se désaltérer dans les sources de l’or,
et revint sillonner l’océan Atlantique,
ivre d’un coupable trésor !

Chez les mortels égaux l’or rompit l’équilibre :
le luxe, enfant de l’or, asservit l’univers :
mortel, qui que tu sois, tu serais encor libre
si l’or ne t’eût donné des fers.

Que sert d’un vain métal l’indigente richesse ?
L’or peut-il assouvir ou la soif ou la faim ?
Et voit-on de Plutus la brillante largesse
chasser les ombres du chagrin ?

L’ibère qui t’appelle en ses plaines oisives,
indolent possesseur de son or vagabond,
quand Cérès et Bacchus enrichissent nos rives,
n’étale qu’un luxe infécond.

Trop pareil à ce roi dont l’avare imprudence
obtint de tout changer en métal précieux,
pâle d’or et de faim, il maudit l’abondance
de ses trésors fallacieux.

L’or n’a qu’un vil éclat entre des mains avares :
l’or n’a qu’un son frivole en de prodigues mains :
satisfait d’assouvir des caprices bizarres,
fait-il le bonheur des humains ?

Cet or prendrait en vain les formes de Protée ;
il serait moins changeant que nos rapides vœux.
La soif de nos désirs, par lui-même irritée,
renaît sans cesse de ses feux.

Il est plus dévorant que la triple chimère :
Il déchire les cœurs dont il fut caressé :
des coupes de Plutus l’ivresse est plus amère
que les breuvages de Circé.

Or, poison radieux dont l’éclat nous consume,
toi seul guidas cortès aux bords américains ;
et toi seul as souillé du sang de Montézume
le fer, vainqueur des Mexicains.

Avant que ta présence eût inspiré ces crimes,
Plutus, longtemps voisin de l’empire des morts,
sous des rochers épais ,dans les flancs des abîmes,
avait reculé ses trésors.

Mais nos avides mains que l’avarice inspire,
et ce fer, qui devait n’ouvrir que les sillons,
de Cybèle en courroux perçant le vaste Empire,
pénètrent ces gouffres profonds.

Sous les coups redoublés qui troublent son silence,
Plutus de ses palais voit crouler les lambris :
il se lève ; il menace ; il frémit ; il s’élance
du fond de ses riches débris.

Il voit, il voit son or, jadis inaccessible,
tressaillir sous les pas des avides brigands.
De l’abîme étonné l’écho sombre et terrible
répéta ces cris menaçants :

«Quοι ! Vous osez, mortels, jusqu’au centre du monde,
enlever mes trésors et troubler mon séjour !
Vous osez, du tartare ouvrant la nuit profonde,
montrer le Styx au dieu du jour !

Mais que ne tente pas cette audace effrénée ?
Elle a percé l’Erèbe ; elle atteindra les cieux ;
ils la verront peut-être à l’aigle consternée
ravir les tonnerres des dieux.

Ah ! Dans ces gouffres même, et sous vos mains avides,
entendez-vous mugir le courroux des enfers,
et du Styx indigné tous les monstres livides
remplir ces abîmes ouverts ?

Voyez les noirs soupçons, l’effroi, la pâle envie,
La Trahison nocturne, et les Meurtres sanglants
S’attacher à cet or, et menacer la vie
de ses ravisseurs insolents.

On ! que, mêlant vos pleurs à ces trésors funestes,
vous expierez un jour vos coupables larcins !
Jamais le feu ravi dans les foyers célestes
ne fut si fatal aux Humains.

Recevez dans cet or les dons de ma vengeance,
vous, riches des forfaits qu’enfantent les trésors !
Indigents de vertus, de mœurs et d’innocence,
chargés de faste et de remords !

Vous qui dérobez l’or, que l’or soit votre chaîne !
Qu’il soit la coupe affreuse où vous boirez les pleurs !
Tison de la discorde, et flambeau de la Haine,
qu’il dévore ses ravisseurs !

Oui, de maux, de forfaits j’inonderai la Terre :
mes feux vont irriter la soif des conquérants :
j’étoufferai la paix : j’allumerai la guerre :
je couronnerai les tyrans ».

Il dit ; et les comblant d’une affreuse largesse,
il égare leurs pas : il aveugle leurs yeux :
il leur souffle l’orgueil, la Discorde et l’ivresse
qu’exhale un or contagieux.

Les voilà ces bienfaits que Plutus même avoue !
O mortels ! De ce Dieu craignez les dons vengeurs ;
Et n’enviez jamais l’insensé qu’il dévoue
a ses implacables faveurs.

A mi amigo, el joven Racine

¡Cómo! ¡Huyes de las nueve hermanas1 por la ciega Fortuna!
¡Abandonas la amistad que llora al abrazarte!
¡Corres hacia las lejanas orillas donde Cádiz ve a Neptuno
enriquecerla amenazante!

Sobre las olas, donde sigues a tu voluble diosa,
¡que los largos remordimientos no perturben tu corazón!
Las musas, la amistad, esas delicias del sabio,
no admiten infieles retornos.

Tu padre nos guio a ambos al Parnaso;
nuestros jóvenes pasos erraban por los mismos senderos;
nuestras jóvenes hermanas2, prendadas de Tibulo y Horacio,
aspiraban a los mismos laureles.

¡Qué dulce sol nos vio, llenos de tiernas inquietudes,
llorar con Junie y Monime, tus hermanas!
Infiel a tu nombre, infiel a tus lágrimas,
¿qué bien te reportarán esos dulces?

Yo me quedo, ¡y tú te vas! Como un apacible tilo
que limita sus destinos a valles risueños,
cuando el arriesgado pino hiende la terrible vaguada
y se abandona a los aquilones.

¡Oh, cómo tiembla tu abuelo3 en el sombrío imperio,
de ver que, impaciente por los tesoros del Betis,
su nieto, su dulce esperanza, sobre un frágil navío,
se entrega a las furias de Tetis4!

¡Malhaya quien de los mares cruzó sus antiguos límites
para saciar su sed en las fuentes del oro
y volvió a surcar el océano Atlántico,
embriagado por un censurable tesoro!

Entre los mortales iguales, el oro rompió el equilibrio:
el lujo, hijo del oro, esclavizó al universo:
mortal, seas quien seas, seguirías siendo libre
si el oro no te hubiera encadenado.

¿Para qué sirve de un vano metal la indigente riqueza?
¿Puede el oro saciar la sed o el hambre?
¿Acaso vemos de la brillante largueza de Pluto
ahuyentar las sombras de la tristeza?

El íbero que te llama a sus llanuras ociosas,
indolente poseedor de su oro vagabundo,
cuando Ceres y Baco enriquecen nuestras riberas,
no exhibe más que un lujo infecundo.

Demasiado parecido a aquel rey cuya avara imprudencia
consiguió transformarlo todo en metal precioso;
pálido de oro y de hambre, maldijo la abundancia
de sus falaces tesoros.

El oro solo tiene un vil brillo entre manos avaras,
el oro solo tiene un frívolo sonido en manos pródigas;
satisfecho de saciar raros caprichos,
¿hace feliz a los humanos?

Este oro cobraría en vano las formas de Proteo;
sería menos cambiante que nuestros rápidos anhelos.
La sed de nuestros deseos, irritada por él mismo,
renace sin cesar de sus fuegos.

Es más devorador que la triple quimera,
desgarra los corazones que hubo acariciado,
de las copas de Pluto la embriaguez es más amarga
que los brebajes de Circe.

Oro, veneno radiante cuyo brillo nos consume,
solo tú guiaste a Cortés a las orillas americanas;
y solo tú ensuciaste con la sangre de Moctezuma
el hierro, vencedor de los mexicanos5.

Antes de que tu presencia hubiera inspirado esos crímenes,
Pluto, largo tiempo vecino del imperio de los muertos,
bajo espesas rocas, en los flancos de los abismos
había apartado sus tesoros.

Pero nuestras ávidas manos, inspiradas por la avaricia,
y este hierro, que solo debía abrir los surcos,
de Cibeles en cólera perforando el vasto Imperio,
penetran en estas profundas simas.

Bajo los golpes redoblados que perturban su silencio,
Pluto ve derrumbarse las paredes de sus palacios:
se levanta; amenaza; brama; se lanza
desde el fondo de sus ricos despojos.

Ve, ve su oro, antes inaccesible,
estremecerse bajo los pasos de los ávidos bribones.
Desde el atónito abismo, el eco sombrío y terrible
repitió estos gritos amenazantes:

«¡Qué! ¿Osáis, mortales, incluso en el centro del mundo,
a llevaros mis tesoros y perturbar mi morada?
¡Osáis, abriendo del Tártaro6 la profunda noche,
a mostrar la Estigia al dios del día!

Pero, ¿qué no intenta esta audacia desenfrenada?
Ha perforado el Érebo7; alcanzará los cielos;
quizá vean al águila consternada
arrebatar los truenos de los dioses.

¡Ah! En esas mismas simas, y bajo vuestras ávidas manos,
¿oís rugir la cólera de los infiernos,
y de la indignada Estigia a todos los lívidos monstruos
llenar esos abismos abiertos?

Mirad las negras sospechas, el terror, la pálida envidia,
la traición nocturna y los sangrientos asesinatos
que se atan a este oro y amenazan la vida
de sus insolentes raptores.

¡Oh! Que mezclando vuestras lágrimas con estos funestos tesoros,
¡algún día expiaréis vuestros censurables hurtos!
Jamás el fuego raptado de los hogares celestes
fue tan fatal para los humanos.

Recibid en este oro los dones de mi venganza,
vosotros, ¡ricos en crímenes que engendran los tesoros!
Indigentes de virtudes, de moral y de inocencia,
cargados de fastuosidad y remordimientos.

Vosotros que robáis el oro, ¡que el oro sea vuestra cadena!
¡Que sea la copa horrible en la que os bebáis las lágrimas!
Tizón de la discordia y antorcha del odio,
¡que devore a sus raptores!

Sí, de mal, de crímenes inundaré la Tierra;
mis fuegos van a irritar la sed de los conquistadores;
sofocaré la paz; encenderé la guerra;
coronaré a los tiranos».

Dijo; y colmándolos de una espantosa generosidad,
extravía sus pasos, ciega sus ojos,
les infunde el orgullo, la discordia y la embriaguez
que exhala un oro contagioso.

¡He aquí los beneficios que el mismo Pluto confiesa!
¡Oh, mortales! De este dios temed los vengativos dones;
y no envidies jamás al insensato al que hace devoto
de sus implacables favores.

Notas:

  1. Se refiere a las nueve musas de las letras y las artes: Calíope, Clío, Erato, Euterpe, Melpómene, Polimnia, Terpsícore, Talía y Urania. ↩︎
  2. En el caso de Jean Racine, él era el único varón de la familia, pero tenía dos hermanas: Junie y Monime. El primero de los nombres está relacionado con la diosa Juno y el segundo con Moníme, reina del Ponto y esposa de Mitrídates el Grande. ↩︎
  3. Se refiere a Louis Racine, quien debió inspirar a Lebrun a escribir este duro poema para evitar que su nieto abandonara las letras por el comercio. ↩︎
  4. Diosa del mar. ↩︎
  5. Nuevamente aparece aquí la cínica crítica hacia la colonización española de las Américas, cuando los franceses estaban haciendo lo mismo en otras partes del mundo como Argelia o Canadá. Además, los franceses acompañaron a los españoles en muchas de las expediciones al nuevo continente y se nutrieron de su comercio, como demuestra la presencia del propio Jean Racine en Cádiz. ↩︎
  6. El Tártaro era una divinidad en forma de abismo situado en lo más profundo de la tierra, lúgubre, oscuro y frío. ↩︎
  7. El Érebo es junto al Tártaro una de las divinidades que habitan las profundidades oscuras de la tierra. ↩︎